Table-ronde sur la presse à l’heure du numérique – 22 mars 2018

 

            Le jeudi 22 mars, les élèves de TES2 et TES3 ont eu la chance de rencontrer quelques acteurs nécessaires à la diffusion des médias auprès de l’audience jeune. Récit.

Réunis dans la salle de l’Europe, sous l’œil du portrait de Jean Monnet, les élèves patientent tranquillement, certains consultent les dernières nouvelles sur leur smartphone. Justement, la rencontre, organisé par le CLEMI – centre de liaison de l’enseignement et de l’information – et la professeure en charge de la classe média – Madame Lepeuple -, porte sur la presse, son rôle et comment l’analyser. Devant les jeunes adultes se tiennent six intervenants qui se présentent chacun leur tour. Trois d’entres eux travaillent pour le CLEMI. Cette organisation, crée il y a trente-cinq ans en réponse à la profusion de nouveaux médias, tente d’éduquer, par le biais de l’école, les plus jeunes aux enjeux démocratiques que soulèvent les médias. En cette matinée sont présents le directeur de cette institution – Serge Barbel – et la déléguée à l’académie de Bordeaux – Isabelle Martin –. Ils sont aussi présents dans le cadre de la 29ième semaine de la presse. Le troisième intervenant – Jean-Charles Bouniol – est aussi professeur de journalisme numérique à l’école de journalisme bordelaise. Une quatrième intervenante, responsable de communication du réseau Canopée, collabore aussi étroitement avec le CLEMI. Pour finir, deux journalistes de Sud-Ouest, déjà intervenus la semaine précédente au lycée Jean Monnet pour interviewer une poignée d’élèves, sont aussi disponibles. Il y a Laurent Teilleux, photographe et Etienne Millien, journaliste pour le journal régional.  Un échange se crée alors, où les intervenants rebondissent sur les propos des uns et des autres.

Tout d’abord, la discussion se développe autour de Sud-Ouest, journal à la plus grande notoriété régionale. Comme les autres médias, le journal à du s’adapter peu à peu à l’arrivée d’internet. Le travail est modifié, il doit être dans l’instantanéité, réagir immédiatement est obligatoire. La réactivité est la clé. Laurent Teilleux nous avoue que son métier de journaliste photographe en a aussi été bouleversé, car sur le plan technique, tout doit fonctionner sur le moment et il doit monter ses vidéos le plus rapidement possible. Chacune de ses photos doivent être prête et légendée au plus vite afin d’être envoyée pour publication sur le site internet. Par ailleurs, il doit toujours savoir ce qu’il va photographier et fournir un véritable travail en amont. 70% du travail, c’est de l’anticipation.  La mise en forme des articles est aussi changée. Les accroches sont raccourcies, les mots sont courts, cela doit être « percutant ». « Le rythme n’est pas le même que sur le papier », confie le professeur de journalisme. Sud-Ouest cherche aussi à attirer en restant sur une ligne éditoriale de proximité. Cependant avec le développement d’Internet, le lecteur devient aussi un client, un consommateur, notamment par les publicités qui lui sont imposés, parfois de manière masquée.  La consultation en ligne s’accroît chaque jour, il y a environ 6,3 millions de visiteurs par semaine.  Toutefois, l’édition papier est encore la plus importante, elle représente 80% du chiffre d’affaire. Sud-Ouest emploie 1000 salariés dont 243 journalistes.

Malgré l’arrivée du journal sur Internet, Sud-Ouest a encore du mal à attirer les jeunes. Or, les médias permettent aux futurs citoyens d’user de leur libre-arbitre et de se forger leur propre avis. L’éducation est primordiale pour renforcer l’esprit critique. Par ailleurs, la propagation quasi-continue d’informations est désormais une chance qui permet de nouvelles opportunités. L’information est un combat, de transparence et de transmission. C’est pour ça Sud-Ouest a créé la rubrique « Planète Jeune », où des élèves de Jean Monnet ont eu la parole la semaine précédente.

Juliette Lenglart, TES2

 

La presse à l’heure du numérique

Quels sont enjeux de l’éducation aux médias en 2018? Quelle a été l’évolution de la presse depuis la révolution technologique qu’a été internet? Comment les journalistes d’aujourd’hui travaillent-ils au sein d’une rédaction et sur le terrain?

Tant de questions auxquelles ont répondu des intervenants lors d’une discussion autour des enjeux de la presse et de l’information, dans le lycée Jean Monnet, à Blanquefort. En effet, l’établissement a pu recevoir ce Jeudi 22 Mars 2018 deux figures du CLEMI (centre pour l’éducation aux médias et à l’information) : Isabelle Martin, responsable aux bureaux de Bordeaux ainsi que Serge Barbet, directeur délégué à Paris. Ont aussi été présents deux journalistes du journal Sud-Ouest : Laurent Theillet, reporter photo ainsi que Etienne Millien. Enfin Jean-Charles Bouniol, professeur à l’IJBA (institut de journalisme Bordeaux Aquitaine) est également intervenu.

Serge Barbet: Le CLEMI a été crée il y a 35 ans, quand on s’interrogeait sur la profusion des médias. Les médias ont eu et ont toujours beaucoup d’influences sur le processus démocratique et notamment sur les choix majeurs des citoyens. De plus, l’arrivée d’internet a tout boulversé. Le rôle des médias n’est plus le même. Aujourd’hui, une vérification est parfois à faire quand à la véracité de l’information transmise sur le web. C’est pour cela que l’éducation face aux médias et à l’information est un enjeux majeur. Il s’agit de former les citoyens à faire des choix en totale liberté et conscience des conséquences que cela aura sur la communauté. C’est également pour lutter contre l’embrigadement des jeunes qu’il est important de leur apprendre le plus tôt possible à développer leur esprit critique. Pour le côté plus positif de l’arrivée du numérique, il y a aussi un enjeux par rapport à l’opportunité de pouvoir communiquer avec tout le monde, et partout.

Isabelle Martin: En effet, on se rend compte aujourd’hui qu’il y a une certaine diversité des supports de l’information. Sud-Ouest est d’ailleurs très engagé dans cette diversité puisqu’on a pu assister à une adaptation du journal à ces nouveaux supports depuis quelques années.

Comment un quotidien peut-il s’adapter aux jeunes et à leurs exigences face à l’information?

Etienne Millien: Avant, on ne produisait que des journaux en format papier. Et aujourd’hui, encore 80% des bénéfices de Sud-Ouest viennent de ce format. Seulement, il n’y a qu’une marge de 3% qui est faite par rapport au coût de la production des ces journaux qui sont, à présent, surtout destinés aux abonnements des anciennes générations attachées au quotidien papier. Cependant, depuis quelques année, Sud-Ouest s’adapte aux jeunes avec un site internet qui dispose d’un fil d’actualité à l’année. C’est une nouvelle façon de travailler. Notre rôle est de chercher l’information, de la traiter et de la contextualiser. Pour cela, nous avions auparavant 24h de délai pour remplir ce rôle et faire que le journal soit prêt dans les temps. Maintenant, nous sommes aussi obligé de travailler dans l’intantanéité pour répondre à l’exigences des jeunes. Ils veulent une information en temps réel, et c’est avec le numérique que nous la leur procurrons. Enfin, depuis le début de l’année 2018, nous avons lancé « Planète Jeune » dans l’optique de vous faire parler et de demander votre avis sur l’actualité plutôt que de parler de vous. On veut vous laisser une place plus importante dans la presse car vous êtes les citoyens de demain, simplement. Nous avons aussi un compte Instagram sur lequel il reste encore quelques améliorations à faire.

Laurent Theillet: Notre rôle c’est un peu de raconter l’histoire actuelle dans la presse. C’est notre métier et on est payé pour ça, c’est un peu ce qui nous donne une certaine légitimité. Cette légitimité c’est aussi manifestée pendant la transition au numérique. Mais il reste une question à régler dans cette transformation et c’est celle du système économique du quotidien dans cette dimension numérique. Même sur internet, il faut créer un lien similaire entre le lecteur et le journaliste qu’avec un journal papier.

Etienne Millien:  Nous avons approximativement 6.3 millions de visiteurs par semaine sur notre site-web. Les consultations du fil d’actualité en ligne ne rapporte que 20% de son bénéfice à Sud-Ouest. Cela compense le manque d’abonnement papier qui arrive petit à petit. En ligne, le visuel a une part très importante. On met beaucoup plus de photos que sur une page de journal.

Laurent Theillet: On doit rajouter de la réactivité ce qui est assez compliqué puisqu’on doit analyser les évennements rapidement et cela nous donne plus de responsabilité face à l’information que l’on diffuse. C’est difficile de trouver l’équilibre entre le journalisme et la réactivité. Par exemple,  le groupe BFMTV est bien trop dans la réactivité et parfois ils se trompent ou transmette un fait de façon biaisée. Mais quand on est sur le terrain, on est aussi confronté à des difficultés technique, autant que journalistiques. Les gens veulent du live. Pendant le match de rugby des bleus à Cardiff le 17 mars, j’ai dû traité une trentaine de photos sur mon ordniateur en quinze minutes sur côté du terrain pendant la mi-temps. Parfois j’ai même pas le temps de les traiter et je dois envoyer la photo brute. Et encore ca arrive que le réseau soit saturé et il faut vite trouver une solution. Il faut aussi connaitre le sujet dont on parle, ici il fallait analyser le match pour prendre les bonnes photos.

Etienne Millien: L’information nous arrive par des agences de presse, ou par des gens qui sont sur place au bon moment. Mais dans tout les cas, on est sans cesse dans la préparation et l’anticipation. C’est ce qui nous permet de capter l’évennement au bon moment. Mais depuis l’arrivée d’internet on doit faire plus attention à la formulation des marqueurs de temps. Il ne doit pas non plus y avoir de phrase ou de mot trop compliqué pour que ça soit accessible pour tout le monde.

Jean-Charles Bouniol: Cependant, même si une adaptation est nécessaire pour écrire sur le web, il y a quand même des points communs avec l’écriture pour un quotidien papier. Le fond reste le même ce qui permet d’aller de l’un à l’autre en simultané. De plus en plus de journalistes écrivent sur tous les supports (news-letter, web, journal papier, etc…). Seule la gestion du temps est différente.

Qu’est-ce qui change entre un site de presse et un autre canal?

Serge Barbet: Les sites de journaux certifiés ont sans doute plus de légitimité auprès des lecteurs. Les infos qu’ils diffusent semblent avoir plus de valeur aux yeux des consommateurs. Mais cela inclue aussi une responsabilité plus grande. S’ils se trompent, le journal perd de sa crédibilité et l’information également. Le fait qu’il y ai plusieurs canaux qui traitent l’information de manière différente peut à la fois permettre au lecteur d’accorder plus de crédit à l’information mais dans le sens inverse, les amener à décrédibiliser l’information. C’est important de s’accorder pour appuyer la véracité de ce qui est diffusé. Il y a un rapport de confiance qui s’installe et s’il y a une tromperie quelconque, une méfiance risque de s’installer.

« Les faits sont sacrés et les commentaires sont libres. »

Laurent Theilliet:  La « fake-news » c’est beaucoup répendue ces derniers temps. Mais l’information est en soi un bien communautaire, elle en devient alors un enjeux démocratique. Les lois sur la liberté de la presse ne découlent pas de la DDHC pour rien. La liberté de la presse est inhérente à la liberté de pensée. Il faut donc toujours faire la part des choses entre les fake-news et les informations vérifiée.

Jean-Charles Bouniol: Tout le monde a la liberté de publier ce qu’il veut, sur un blog ou sur les réseaux sociaux. Mais même le partage d’une fausse information devient une participation à sa création. Maintenant qu’on a la parole sur internet avec les commentaires et les like, on est nous même responsable de ce qu’on poste. Nous sommes aussi des médias en soi.

Allisson Darribère, TES2

 

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