La maison de mon père

Nire aitaren etxea
defendituko dut

Gabriel Aresti

À Xosé Manuel Valdés

Je défendrais
la maison de mon père
contre les loups
contre la justice
contre l’usure.
Je perdrais
la propriété
et la colline si je pouvais
en défendant la maison de mon père
de mes mains
(car je n’ai
d’autre arme que ma plume).
Si l’on me coupait les mains
avec les bras
avec le sang
et avec la vie
je défendrais la maison de mon père.
Et je mourrais.
Je perdrais mon âme
je perdrais mon lignage
mais la maison de mon père
resterait debout.
Je défendrais
la maison de mon père
même si ce n’était
qu’une bicoque
faite avec usure
un logement
que la mine finirait par lézarder.

Je défendrais
la maison de mon père
si mon père
ne l’avait pas vendue
pour que je sois
quelque chose dans cette vie.

Antón García

Ce poème a été publié pour la première fois en 1994 dans le recueil Venti poemes.