Patrie

Je t’ai écouté parler avec nostalgie

de la terre que tu n’as pas,

de l’enfance perdue.

Moi, lointaine,

comme toujours,

je ne parvenais pas à répondre :

je pensais que, si la patrie est un tremblement,

tu es très,

très souvent,

ma patrie.

Patria

Sentíte falar con señaldá

de la tierra que nun tienes,

de la neñez perdida.

Yo, llonxana,

como siempre,

nun acertaba a falar:

pensaba que, si la patria ye un temblor,

tu yes munches,

munches veces,

patria mía.

Patria

Te escuché hablar con nostalgia

de la tierra que no tienes,

de la niñez perdida.

Yo, lejana,

como siempre,

no acertaba a contestar :

sólo pensaba que, si la patria es un temblor,

tú eres muchas,

muchas veces,

patria mía.

 Ana Vanesa Gutiérrez

Ce poème est extrait de La danza de la yedra (2004)

Fausse promesse

Je vous ai dit que je venais du néant
et que je marche vers le jamais.

Que je ne serai jamais assise à votre table
parce que je suis l’inexistence :
la fausse promesse de vie.

Les chemins des ombres
cachent la carte de mes absences,
et ces pas parcourent le sentier incertain
de la nuit,
où dorment toutes les choses
qui n’ont jamais été nommées.

Je suis ce que vous ne voyez pas,
celle qui vous regarde :
explosion d’une étoile filante
qui traverse vos vies
sans laisser de souvenir.

 

Falsa promesa
Díxivos que vinía de la nada
y que marcho dica’l nunca.

Qu’enxamás taré sentada a la vuesa mesa
porque soi l’ inexistencia :
la falsa promesa de vida.

Los caminos de les sombres
escuenden el mapa de les mios ausencies,
y estos pasos van pela sienda incierta
de la nueche,
onde duermen toles coses
que nun fueron nunca nomaes.

Soi lo que nun veis,
lo que vos mira :
rebufu d’una estrella fugaz
qu’atraviesa les vueses vides
ensin dexar memoria.


Falsa promesa
Os dije que venía de la nada
y que marcho hacia el nunca.

Que jamás estaré sentada a vuestra mesa
porque soy la inexistencia :
la falsa promesa de vida.

Los caminos de las sombras
esconden el mapa de mis ausencias,
y estos pasos van por la senda incierta
de la noche,
donde duermen todas las cosas
que nunca fueron nombradas.

Soy lo que no veis,
la que os mira :
rebufo de una estrella fugaz
que atraviesa vuestras vidas
sin dejar memoria.

Ana Vanesa Gutiérrez

Ce poème a été publié pour la première fois dans l’anthologie Toma de tierra (2007)

 

 

 

Provocation

À E.F.G.

Mes pieds sont transis de froid,
tu me le dis toujours,
et tu te plains que je n’ai plus de sang.

Tu prends mes mains
et te moques car elles sont gelées …

Ose maintenant toucher mon cœur.

 

Provocación

A E.F.G.

Tengo los pies atarecíos de frío,
díceslo siempre,
y quéxeste de que nun me queda sangre.

Cueyes les mios manes
y mófeste de que tán xelaes…

Atrévite agora a tocame’l corazón.

 

Provocación

A E.F.G.

Tengo los pies aterecidos de frío,
lo dices siempre,
y te quejas de que no me queda sangre.

Coges mis manos
y te burlas porque están heladas…

Atrévete ahora a tocarme el corazón.

Ana Vanesa Gutiérrez

Ce poème a été publié pour la première fois dans le volume collectif Passà els temps desfant la memória (2006)

 

Les auteurs sélectionnés

Antón García (né à Tuña en 1960) a été le fondateur et le directeur de deux maisons d’édition, Llibros de Frou et Trabe.  Actuellement, il travaille dans le secteur audiovisuel et dirige la revue Campo de los Patos.

Poète, narrateur et spécialiste de la littérature, il a développé une activité intense autour de la littérature asturienne. La plupart de ses travaux de critique littéraire ont été réunis dans les deux volumes de Xeneraciones y dexeneraciones (Générations et dégénérations, 2007 et 2009) et dans Na cuerda floxa (Sur la corde raide, 2013).

Il a publié deux romans : El viaxe (Le voyage, 1987) et Díes de muncho (Des jours importants, 1998), ainsi qu’un recueil de nouvelles, Xente tan cerca (Des gens si proches, 2007).

La mirada aliella (Le regard vif, 2006) réunit l’ensemble de sa production poétique, publiée auparavant dans plusieurs revues et dans les recueils Estoiru (Étui, 1984), Los díes repitíos (Les jours répétés, 1989) et Venti poemes (Vingt poèmes, 1998).

Il a par ailleurs traduit des poèmes d’auteurs portugais (Eugénio de Andrade), catalans (Carles Riba, Joan Vinyoli) ou américains (Anne Sexton, Sylvia Plath…).

Berta Piñán (Née à Cangas de Onís en 1963) est enseignante dans un lycée de Madrid.

Elle a écrit notamment plusieurs œuvres  de littérature jeunesse comme Lula, Lulina (Lula, petite Lula, 1996), El branu de Myrtia (L’été de Myrtia, 2005) ou Arroz, agua y maíz (Du riz, de l’eau et du maïs, 2009).

Elle a publié également cinq recueils de poèmes : Al abellu les besties (À l’abri des bêtes sauvages, 1986), Vida privada (Vie privée, 1991), Temporada de pesca (Saison de pêche, 1998), Un mes (Un mois, 2002) et La Mancadura (La blessure, 2013). Une sélection de sa poésie a été réunie dans le volume Noches de incendio (Nuits d’incendie, 2005)

Xuan Bello (Paniceiros, 1965) a travaillé comme journaliste dans plusieurs publications, notamment dans l’hebdomadire Les Noticies, qu’il a dirigé pendant 8 ans. Il présente actuellement l’émission de la télévision publique asturienne Clave de fondo.

Il a traduit des auteurs comme Arthur Conan Doyle, Robert Louis Stevenson et Arthur Conan Doyle.  En 2009, il a publié une anthologie bilingue de la poésie portugaise contemporaine, intitulée Una mirada diversa (Un regard différent).

Il est l’auteur de plusieurs œuvres narratives, comme Pantasmes, mundos, laberintos (Fantômes, mondes, labyrinthes, 1996), Historia universal de Paniceiros (Histoire universelle de Paniceiros, 2002), Los cuarteles de la memoria (Les casernes de la mémoire, 2003), Al dios del llugar (Au dieu de l’endroit, 2007) ou La Confesión xeneral (La Confession générale, 2010).

Il a publié quatre recueils de poésie, Llibru de les cenices (Livre des cendres, 1988), El llibru vieyu (Le livre vieux, 1994), La vida perdida (La vie perdue, 1999) et Los caminos secretos (Les chemins secrets, 1996).

Pablo Antón Marín Estrada (né à Sama de Langreo en 1966) a exercé le métier de journaliste dans différentes publications. Il a animé également plusieurs ateliers de création littéraire et traduit des poèmes de Sapho, Horace, Cavafy et Pessoa, qui ont été rassemblés dans le volume La maleta de Simbad (La valise de Simbad, 2001).

Il est l’auteur de plusieurs romans, comme La ciudá encarnada (La ville rouge, 1997), Los Caminos ensin fin (Les chemins sans fin, 2000), La boca puerca (La bouche sale, 2010) ou Mientres cai la nueche (En attendant la tombée de la nuit, 2011).

Il a publié jusqu’à présent sept recueils de poèmes : Blues del llaberintu (Blues du labyrinthe, 1989), Les hores (Les heures, 1990), Díes d’inocencia (Jours d’innocence, 1992), Un tiempu meyor (Un temps meilleur, 1996), Otra edá (Un autre âge, 2000), Los baños del Tevere (Les bains du Tibre, 2003), Animal estrañu (Animal étrange, 2008) et Despidida ( Les adieux, 2011).

 Pablo Texón (né à Felechosa en 1977) est professeur de Langue et de Littérature dans l’enseignement secondaire.

Il est responsable de l’adaptation asturienne de la pièce Mademoiselle Julie d’August Strindberg, représentée en 2007 sous le titre de Xulia. Il a traduit également une sélection de poèmes de Raymond Carver, parue sous le titre de  Un corte de pelo (Une coupe de cheveux, 2013).
Il a publié plusieurs nouvelles, rassamblées dans Catedral (Cathédrale, 2006), ainsi que deux recueils de poésies : Toles siendes (Tous les sentiers, 2005) et La culpa y la lluz (La faute et la lumière, 2008).

Ana Vanessa Gutiérrez (née à Urbiés en 1980) a travaillé comme journaliste dans la presse écrite et la radio.  Depuis quatre ans, elle présente  à la télévision le magazine d’actualité culturelle Pieces .
Elle a publié plusieurs livres en prose, comme Les palabres que te mando (Les mots que je t’envoie, 2006), El país del silenciu (Le pays du silence, 2007) et La cama (Le lit, 2008).  En tant que poète, elle a écrit Onde seca l’agua (Où l’eau sèche, 2003) et La danza de la yedra (La danse du lierre, 2004).

Présentation

En 2013, le Lycée Val de Garonne, en partenariat avec ECLA,  a mis en place un atelier de traduction littéraire.  Cette activité a consisté à traduire en français des poèmes de six écrivains espagnols contemporains présents dans l’anthologie Toma de Tierra Antón García, Xuan Bello, Berta Piñán, Pablo Antón Marín Estrada, Ana Vanesa Gutiérrez et Pablo Texón.

Tous les poètes inclus dans cette anthologie ont la particularité d’utiliser l’asturien comme langue d’écriture.  Les traductions françaises ont été effectuées à partir de la version castillane des poèmes, faite dans la plupart des cas par l’auteur lui-même.  On a toutefois tenu compte du texte original asturien dans les rares cas où la version castillane s’écartait de manière significative de celui-ci.

Le dialogue avec l’un des auteurs sélectionnés, Antón García, et l’intervention d’un traducteur professionnel, François-Michel Durazzo ont permis aux participants à cet atelier de découvrir certains aspects de la création littéraire, du travail du traducteur et du monde de l’édition.

Liste des élèves et enseignants ayant participé aux séances de l’atelier

Lola Andrea (élève de Terminale L) , Audrey Beauzetie (élève de Terminale L), Julian Caperan  (élève de Terminale ES), Marion Classe (élève de Terminale L), Laurena Cruz (élève de 1ère L), Aymeric Dupuy (élève de Terminale S), Inès Fouitah (élève de Terminale L), Michèle Garcia (professeur de Lettres), Pauline Gavet (élève de Terminale L), Elise Gay (élève de Terminale ES), Manon Guettache (élève de Terminale L), Mélina Guipouy (élève de Terminale L), Margaux Lassaunière (élève de Terminale S), Javier Martínez Concheso (professeur d’Espagnol), Julie Nadin (élève de Terminale L),  Anne-Marie Pécastaings (documentaliste) ,  Camille Pissavy (élève de 1ère L), Léa Righini (élève de Terminale ES  ), Maude Semmoune (élève de Terminale ES), Clara Soubiran (élève de Terminale ES ), Audrey Tourenne (élève de 1ère S),  Adeline Vogeleer (élève de  1ère  L)