↑ Retour à Culture

Peinture

Marc Chagall – Марк Захарович Шагал (Мойшe Захарович Шагалов)

Marc Chagall est un peintre né le 7 juillet 1887,  naturalisé français en 1937, et mort le 28 mars 1985 à Saint-Paul de Vence, presque centenaire. Ses œuvres témoignent du XXe siècle, Chagall ayant connu une révolution, deux guerres et l’exil. C’est un indépendant,  ayant toujours refusé de se rattacher à une  école, même s’il se rapproche parfois du surréalisme ou du cubisme. C’est cette liberté et sa curiosité pour l’art de son époque qui lui ont permis de  se construire un style profondément unique.  L’univers chagallien  reflète le monde contemporain autant que les émotions de l’artiste.

 

Vitebsk

Chagall naît dans la banlieue de Vitebsk,  importante communauté juive Biélorusse (la Biélorussie appartenait à  l’époque à la Russie tsariste).  Il est le fils aîné d’une famille modeste de neuf enfants.  Durant son adolescence, il découvre la peinture en  fréquentant l’atelier d’un peintre local. C’est également à Vitebsk qu’il rencontre Bella, sa future muse, avec laquelle il ne tarde pas à se fiancer. Vitebsk restera gravée dans les souvenirs de Chagall,  le peintre la représentera dans de nombreuses toiles comme un symbole du  paradis naïf de  son enfance.

 

« Là où se pressent des maisons courbées

Là où monte le chemin du cimetière

Là où coule un fleuve élargi

Là j’ai rêvé ma vie

La nuit, il vole un ange dans le ciel

Un éclair blanc sur les toits

Il me prédit une longue, longue route

Il lancera mon nom au-dessus des maisons

Mon peuple, c’est pour toi que j’ai chanté

Qui sait si ce chant te plaît

Une voix sort de mes poumons

Toute chagrin et fatigue

C’est d’après toi que je peins

Fleurs, forêts, gens et maisons

Comme un barbare je colore ta face

Nuit et jour je te bénis »

Comme un barbare, 1930-1935, Marc Chagall, Poemes

 IMAGE1

Au-dessus de Vitebsk, 1915-1920

Le vieillard, le baluchon sur l’épaule et s’envolant dans les airs, symbolise le peuple Juif réduit depuis des milliers d’années à l’errance. Ce voyageur solitaire, pourrait  aussi représenter le prophète Elie, voyageur prenant toutes les apparences, une casquette, une canne et un simple sac comme seuls compagnons de route.

Rêve parisien

En 1907, le jeune Marc  quitte sa ville natale pour pouvoir étudier les Beaux-Arts à Saint-Pétersbourg.  Il sera l’élève du peintre et costumier Léon Bakst, qui lui fait découvrir les œuvres de l’avant-garde parisienne. Chagall ne pense alors qu’à  se rendre à Paris.  En 1911, laissant sa fiancée en Russie, il débute son premier séjour parisien, ayant pour conséquence l’épanouissement de son art : sa palette de couleur s’éclaircit, il s’approprie certaines caractéristiques du fauvisme  et du cubisme. Le peintre s’installe à la Ruche où il rencontre de célèbres artistes : Delaunay, Modigliani, Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire. C’est dans cette ambiance  de bohème parisienne  qu’il réalise ses premiers chefs-d’œuvre.

image2

Hommage à Apollinaire, 1911-1912

 

image3

Golgotha, 1912

Les années Russes

En 1914 a lieu sa première exposition particulière, organisée à Berlin, qui se révèle être un franc succès. De Berlin, il rentre à Vitebsk où la guerre va le contraindre à rester.  De la première guerre, Chagall rend compte d’une réalité brute (mouvements de troupes, soldats blessés, populations juives chassées de leurs villages.) En 1915 il épouse Bella, qui donne naissance à leur fille Ida en 1916,  il s’attache alors à représenter son bonheur familial, mais aussi  les lieux de son enfance, dont il pressent déjà la disparition. Le peintre expose à Moscou et Saint-Pétersbourg lorsqu’en  1917 les Juifs russes accèdent à la citoyenneté ce qui lui vaut d’être nommé commissaire des Beaux-Arts de Vitebsk, il a alors l’espoir de transformer les mentalités grâce aux pratiques artistiques. Sa participation au premier anniversaire de la révolution est malheureusement mal comprise par les autorités ainsi que par  les  autres professeurs, qui obtiennent son départ. En 1920, la famille s’installe à Moscou. Chagall y peint le décor du Théâtre juif, l’un de ses grands chef d’œuvre de jeunesse. C’est d’ailleurs une période énormément importante dans la vie de l’artiste.  Il mêle dans ses toiles la fantaisie et le fantastique aux influences cubistes et du suprématisme.

image4

La promenade, 1917-1918

image5

L’apparition, 1918

Guerre et  exil aux Etats Unis

En 1923 Chagall quitte définitivement la Russie pour s’installer à Paris. Il se consacre à l’illustration de différents livres (dont la Bible, Les Âmes mortes de Gogol, les Fables de Lafontaine)  et peint  des personnages oniriques et hybrides, représentants de l’imaginaire de l’artiste. Cependant, le couple reste motif central de son œuvre. Les années trente, annoncent une nouvelle  évolution artistique  qui  place le peintre sous l’influence de l’Impressionnisme et d’un retour au Classicisme. En 1935, il mesure l’ampleur du sentiment antisémite lors d’un  voyage en Pologne puis est classé « artiste dégénéré » par les Nazis, cette montée du nazisme l’inquiète et le force à s’exiler aux Etats Unis.

Chagall témoigne ainsi  des ravages de la guerre durant cet exil. Le thème de la Crucifixion, symbole universel de la souffrance humaine montre  son angoisse sur le sort des Juifs Le Christ y représente le martyre des populations juives d’Europe dévastées par les actes horribles du nazisme. Il retrouve un peu de bonheur en renouant avec de nombreux amis artistes, eux aussi partis se réfugier à New York: Léger, Masson, Mondrian, Bernanos, Maritain, Breton. Cependant, alors que l’espoir de la paix se fait de plus en plus proche, Bella décède brutalement en 1944 : « C’est comme si elle me connaissait depuis longtemps, comme si elle savait tout de mon enfance, de mon présent, de mon avenir, comme si elle veillait sur moi ; je sentis que c’était elle ma femme […]. Je suis entré dans une maison nouvelle et j’en suis inséparable. » La mort de Bella anéantit le peintre : « Tout est devenu ténèbres »

A la fin de la Guerre, Chagall bénéficie d’une reconnaissance internationale et fait partie des plus célèbres artiste du XXe siècle. L’artiste peint alors pour retrouver l’essentiel, ses racines et son bonheur familial, endeuillé par cette perte. Alors âgé de 61 ans, il décide de  passer le reste de sa vie en France, retourne à Paris, puis s’installe finalement à Vence en 1950.

image6

La guerre, 1964-1966, témoigne de l’exode de l’artiste durant la seconde Guerre Mondiale.

 

image7

La Crucifixion blanche, 1939

Au centre,  la figure du christ crucifié représente l’image du juif martyrisé. De plus, le talith (châle juif) lui entourant la taille,  la ménorah à ses pieds et  l’inscription en caractères hébraïques gravée au-dessus de sa tête sont également tenus comme symboles de la culture juive.

Sur la gauche, un groupe attaque un village en flammes, tenant des drapeaux rouges l’un d’eux semble même tenir une faucille. Chagall dénonce ici les abus du régime Stalinien mais aussi l’avènement d’Hitler et du nazisme. Sur la droite, un homme brule une synagogue (nuit de cristal). Le premier plan est envahi par des personnages qui fuient les assaillants (une femme protège son enfant, un homme tente de sauver l’un des rouleaux de la Torah). Toutes ces scènes s’organisent autour d’un l’élément central qui n’est autre que la croix, tandis que c’est la couleur blanche, symbole de la pureté du Christ, qui unifie la toile.

image8

L’âme de la ville, 1945

« Au premier plan, l’artiste s’est lui-même représenté avec un double visage. L’un de ces profils regarde vers l’arrière et contemple une figure blanche, comme si un fantôme venait à lui, les cheveux noirs de la morte  identifiant Bella. L’autre visage est tourné vers la toile et Christ qui y est ébauché. Aux côtés du peintre, une jeune femme porte dans ses bras un coq, elle pourrait être Virginia, rencontrée par Chagall à la suite de la mort de Bella. Cette peinture montre l’hésitation de l’artiste, partagé entre le deuil de sa moitié et sa nouvelle compagne. »

Le retour vers la France

L’installation de Chagall à Vence après la guerre entraîne une évolution remarquable de sa façon de peindre, ainsi que des thèmes centraux de ses œuvres. Ses techniques elles aussi  se diversifient : gravures, mosaïques, vitraux, décors, costumes d’opéra. Ses œuvres se vendent alors à travers le monde entier.

Même si quelques peintures restent sombres,  Chagall s’efforce d’embellir le passé. Au fur et à mesure, les couleurs douces des paysages méditerranéens emplissent ses toiles. La sérénité qui envahit l’artiste est à son apogée dans La Danse, fidèle représentation d’une ode à la joie et remplie des principaux personnages de cet extraordinaire univers chagallien. Il finit sa vie célèbre et reconnu dans le monde entier.

image9

La danse, 1950-1952

« Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir »

Lisa

Laisser un commentaire