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Contes russes

 LES CONTES RUSSES РУССКИЕ СКАЗКИ

 

Oiseau-de-feu3

        Nombreux sont les contes de Perrault ayant bercé notre enfance, si bien qu’en France nous connaissons tous par cœur l’histoire du petit chaperon rouge, de la belle au bois dormant ou même celle du chat botté. Les contes sont une ancienne tradition orale, perpétués même de nos jours, crées dans le but de distraire et d’éduquer petits et grands. Il est ainsi normal que chaque pays et chaque communauté possède sa propre panoplie de héros, de créatures magiques et d’aventures épiques.

Si dans certains pays, dont le nôtre, ces contes sont relégués au rang de fables pour enfants,  ils restent très ancrés dans la culture des pays slaves où la langue fortement accentuée et incantatoire est propice à la mémorisation et à la transmission de ces récits.

Les premiers recueils de contes russes ,rassemblés dans des éditions pour le colportage appelée Loubok (« лубок » ci contre), apparaissent seulement à partir du XVIIIe siècle. Ils sont le résultat de la collecte des auteurs (M.D. Tchoulkov, M.I. Popov, V.A. Levchine)  auprès de diverses sources plus ou moins fiables : orales ou bylines, roman d’aventures etc…

Maintenant entré dans la littérature le conte est, à cette époque, destiné au «bas-peuple» et est méprisé par l’élite, les «intellectuels» du pays. Mais pourtant les plus grands écrivains russes de la fin du XVIIIe siècle aux années 1920, tel que Alexandre Radichtchev ou Alexandre Pouchkine, sont souvent des lecteurs chevronnés de contes.

 

         Au XIXe siècle, en prenant exemple sur les frères Grimm en Allemagne, les folkloristes russes rassemblent les textes de la tradition orale (contes et légendes, chant et prières) de manière plus fidèle que ce qui se faisait jusqu’alors. De 1855 à 1864 sont édités les huit volumes des «contes populaires Russes»  d’Alexandre Afanassiev.

 

Il existe plusieurs catégories de contes qui s’adressent tous à différents types de personnes :

 

  • Les contes d’animaux (que l’on pourrait rapprocher du roman de Renart, qui nous est plus familier) mettant en scène loups, renards, ours, lièvre, coq ou chèvre.
  • Les contes pour enfant, comme « roule galette » (  « Kolobok »)
  • Les contes satiriques
  • Les contes héroïques
  • Les contes merveilleux (вольшебные сказки )
  • Les « anecdotes » ( histoires drôles )
  • Et même, les contes érotiques, et oui, il en faut bien pour tout le monde. Ce qui prouve une fois de plus  que le conte est un élément de la vie quotidienne qui ne s’adresse pas seulement aux enfants, mais aussi aux adultes grâce à ces contes souvent très crus mettant en scène les femmes et filles du pope dans des situations plus qu’ambiguës.

 

Perpétués par les nourrices et les babouchki бабушки , ces contes rassurant, aux codes bien définis, ont nourri les russes de leur langue et de leur riches représentations. En aucun cas on ne doit changer leurs traditions, ces récits ont leurs propres rituels

Comment commencer un conte russe ?

Nous avons tous dû un jour raconter un conte, quoi de plus facile que de le commencer ?

« Il était une fois » ou « il y a très longtemps dans un pays fort fort  lointain », ce sont les façons les plus courante de commencer et qui nous viennent immédiatement à l’esprit.

En Russie on use de formules différentes mais non moins poétiques, voire plus.

Notre « il était une fois » est remplacé par «  Жил был… » (littéralement ‘’vivait-était’’)

Pour définir le lieu souvent très flou on utilise des formules tel que «  В некотором царстве, в некотором государстве…   »(en un certain royaume en un certain Etat) , « В тридевятом царцве, в тридесятом государстве   » ( signifiant, dans le trois fois neuvième royaume, dans le trois fois dixième Etat…).

●  pour clore la fin d’un paragraphe de description : « То [Это] еще не сказка, а присказка » (« Ce n’est pas encore le conte, mais seulement le début » )

 

 

Si le conte finit par un mariage le narrateur interviendra pour clore et parler de la fête.

« Я на свадьбе был, мед-пиво пил, по усу текло, да в рот не попало. » que l’on peut traduire par « À la noce j’ai été, de l’hydromel j’ai voulu goûter, sur mes moustaches il a coulé, ouiche ! dans ma bouche rien n’est tombé »).

Ou sinon pour se rapprocher de la formule française « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » on peut dire « И стали они жить-поживать, добра наживать ! » (« et ils se mirent à bien vivre et à amasser du bien ! »)

 

On trouvera d’autres phrases récurrentes typiques de ces contes :

  • Pour parler de quelque chose de magnifique le narrateur utilise « La bouche ne peut le dire, la plume ne peut l’écrire » (« Ни в сказке сказать, ни пером написать »)
  • L’arrivée du héros chez baba yaga  respecte un rite bien défini :

le héros ordonne à la maisonnette sur pattes de poule de se tourner « dos à la forêt,                   face à lui » (« Избушка, избушка : встань к лесу задом, ко мне передом ! »).la baba yaga remarque que « ça sent la chair russe par ici » (« Здесь русский дух, здесь руссью пахнет! ») et menace de tuer le héros, celui-ci fait appel aux lois de l’hospitalité et, une fois lavé et nourri il expose sa quête à la sorcière qui devient son alliée en lui fournissant un conseil ou un objet magique.

 

En plus de ces phrases rituelles on peut aussi signaler de nombreux personnages récurant qui témoignent de l’assimilation des contes à la vie quotidienne.

 

Les personnages humains :

Oiseau-de-feu2

  • Le Tsar (Царь) : il a trois fils. -Le chiffre trois est celui de l’accomplissement. La troisième fois est la bonne. Le chiffre trois et le chiffre 7 sont  porte bonheur en Russie, on trouve toujours trois fils, trois épreuves; ces chiffres faisant référence à l’inconscient humain et étant considérés comme porte bonheur et magiques-
  • Ivan tsarevitch (Иван Царевич  -ci-contre avec l’oiseau de feu-) : il est le plus jeune fils du tsar, le troisième donc .Il est souvent le plus malheureux et moins bien loti, mais sur le chemin qui est le sien, il rencontre bien souvent amis et alliés qui lui permettront de mener sa quête à bien.
  • Si on a un prince, il nous faut bien évidement une princesse : souvent nommée Vassilissa (Василиса ; la très-belle : Prekrasnaïa, ou la très-sage : Premoudraïa), ou bien hellénise celle-ci est malmenée par sa méchante mère ou par son père qu’elle doit tuer pour se libérer (et épouser le prince, pourquoi pas)
  • les autres personnages récurant sont des gens de la vie quotidienne : le pope, un couple de paysans, un brave gars de la compagne. Il n’est pas rare que ceux-ci se transforment en animaux suite à un mauvais sort, et deviennent des créatures mi-homme, mi-animal comme la princesse-grenouille  (Царевна-лягушка) ou Finist Fier-Faucon (Финист Ясный-Сокол).

Les animaux.

           Les animaux présents dans les contes russe sont bien sûr les animaux présents sur le territoire et que les habitants peuvent rencontrer comme :

le coq, le lièvre, le brochet, l’ours, le loup (qui à l’inverse de chez nous, aide les bons et ne fait pas preuve d’agressivité). Si le héros épargne ces animaux, ceux-ci lui rendront un service plus tard dans le récit.

Les personnages fantastiques, mythologiques :

      La mythologie des contes slaves contient des personnages fantastiques divers et variés qui contribuent à alimenter l’imaginaire des russes.

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  • la créature les plus connue reste sans doute Baba Yaga (Баба-Яга) la sorcière qui vit au fond d’une sombre forêt dans une étrange maison sur des pattes de poule (избушка на курьих ножках – ci-contre)   et qui se déplace dans un mortier. Malgrè la peur qu’elle procure, le héros se doit de passer chez elle pour en faire une alliée et réussir sa quête.
  • Dans la même lignée des êtres maléfiques on trouve :Kochtcheï (Коще́й) l’immortel  qui retient les princesses prisonnières sous une forme qui n’est pas la leur, Kot Baïoun (Кот Баюн) un chat qui endort les voyageurs avec des contes pour pouvoir en faire son repas, ou bien (Odnoglazoe) Likho, personnification de la Mauvaise Chance borgne.

          Certain personnages peuvent avoir des équivalents européens, comme les dragons tchdo-youdo Чудо-юдо) ou Zmeï Gorynytch (Змей Горыныч), ou les sirènes appelées roussalki (руссалки, pluriel de руссалка), des créatures féminines qui attirent par leurs chants et leur voix divine, les hommes au tréfonds des eaux ( les femmes elles, se font chatouiller à mort ). On peut assimiler l’Oiseau de feu (Жар-птица), oiseau de légende qui est souvent l’objet de la quête du jeune tsar, à notre phœnix.

          On dénombre aussi quelques lieux ( comme la rivière de lait : молочная река), les trois royaumes (de cuivre, d’argent et d’or), qui sont situés en dessous de notre monde et qui ne sont accessibles que par un trou ou une montagne…) ainsi que des objets magiques qui accompagneront le héros dans sa quête ( la pelote ou la boule qui indique le chemin, la nappe qui se couvre de vivre, le peigne ou la serviette qui se changent en montagne )

Les contes russes sont en définitive très diffèrents de nos contes occidentaux, ils ont leurs propres règles et leur propre symbolique.  Le sujet est vaste mais néanmoins intéressant et je vous engage d’ailleurs, si vous n’en avez jamais eu la chance, de vous ouvrir a cette culture et de lire quelques uns de ces récits c’est une mythologie qui ne demande qu’à être découverte,  un petit plaisir qui n’est pas réservé qu’aux enfants, vous pourriez en  être agréablement surpris. Évitez, bien sûr, de tomber entre les pattes et les contes merveilleux du  Kot Baïoun, c’est à vos risques et périls…

Juliette.

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