Déc 18

La féminisation du rugby pourrait-elle faire changer les codes ?

 

            Le rugby, ce sport autrefois uniquement masculin commence à se diversifier dans notre pays, qui commence sérieusement à s’y intéresser. Nous sommes donc allés à la rencontre de Monsieur Perez le responsable de l’académie fédérale de rugby de Bayonne qui remplace désormais le pôle espoir et Charlotte la préparatrice physique. Nous leur avons posé quelques questions pour en savoir plus sur leur opinion concernant la féminisation du rugby.

        Un encadrement désormais mixte. M. Perez est un ancien joueur de rugby à haut niveau, également professeur agrégé d’EPS; il fut également à un moment le plus jeune entraîneur d’une équipe de France de rugby. Durant ses débuts dans les « pôles rugby », il a travaillé à Ussel une petite ville de Corrèze, durant 9 ans. Cela fait maintenant 26 ans qu’il forme les rugbymen du pôle espoir de Cassin, c’est dire s’il en a formé des rugbymen français, des anciennes gloires du rugby français comme Serge Betsen aux actuels internationaux français comme Arthur Iturria ou encore Wenceslas Lauret. Charlotte la préparatrice physique des joueuses et joueurs de l’Académie, s’est donné les moyens pour exaucer son “rêve d’enfant”, elle qui a toujours été bercée par les matchs de rugby. Elle est une ancienne athlète de haut niveau, qui est ensuite passée de “l’autre côté” en commençant à entraîner. Habituée à être entourée d’hommes, elle n’a eu aucune difficulté à s’intégrer avec les garçons, cependant travailler avec des filles est «une nouveauté» nous confie-t-elle.

        Le rugby, un sport pour tous et toutes. Ce sport est pour beaucoup une caractérisation de la virilité, de la combativité, et de la dimension athlétique avec des joueurs toujours plus grands, plus forts, plus rapides les un-e-s que les autres. Néanmoins, il est avant tout un sport “pour le grand, le petit, la rapide, la lente, le gros, le maigre ” comme nous l’explique M. Perez. Selon lui, ce sport a été un moyen pour de nombreuses femmes et hommes, de trouver “un sport dans lequel leur corps n’était plus un handicap mais un avantage”.

        Des françaises exceptionnelles. Comme vous en avez sûrement entendu parler, le rugby féminin français ne cesse d’exceller, nos joueuses ont remporté le tournoi des six Nations en 2018, en restant invaincues et en remportant donc le fameux « Grand chelem ». Cette équipe a aussi réussi à battre dernièrement les All Blacks 30 à 27, contrairement aux hommes qui n’y sont plus parvenus depuis 2006! Parmi les cinq meilleures joueuses du monde quatre sont des françaises: Pauline Bourdon de Bayonne, Gaëlle Hermet de Toulouse, Safi N’Diaye de Montpellier et Jessy Trémonlière de Rennes qui est aussi élue meilleure joueuse du monde, ce qui montre que le « rugby féminin français est en réussite » comme nous l’affirme Monsieur Perez.

Jessy Trémonlière: meilleure joueuse de rugby au monde en 2018(Source: https://www.20minutes.fr/sport)

       Un engouement naissant. M. Perez qualifie de « phénomène sociétal » le fait que les pôles rugby deviennent mixtes en France, le fait également que “les ministères et la République affichent cela comme une décision incontournable et reconnaissent l’égalité des sexes pour pratiquer toutes les activités”; c’est un fait avéré de nos sociétés modernes. Selon lui, c’est “peut-être un besoin de libération de la femme, de permettre à certaines de se retrouver dans une activité plutôt étiquetée masculine”.

       Des rugbywomen à Cassin. Depuis cette rentrée scolaire, les filles ont réussi à intégrer les rangs de l’académie, au grand bonheur des garçons! Cela n’a pas été mis en place plus tôt probablement à cause de la société et de la fédération toujours “un peu en retard”, également parce que ce sport était “peu reconnu”, “pas assez mature”. La fédération a donc décidé de changer de politique, nous explique M. Perez.

      Un entraînement commun. Bien que Charlotte et M. Perez fassent s’entraîner les filles et les garçons dans “le même cadre”, “au même niveau et au même moment”, il y a toujours quelques décalages visibles entre eux. Sur le plan physique les garçons seront plus “explosifs et rapides” et il sera alors difficile pour une fille d’être “aussi précise et agile” sur le plan technique. L’objectif pour les filles pour ce qui est de la musculation est d’être “plus forte plus longtemps” nous explique Charlotte. Mais pour ce qui est du plan du jeu, “les choix à faire, elles les voient et les traitent aussi bien que les garçons». Elles seront par contre davantage “à l’écoute et attentives aux blessures et au repos”. “Le rapport à l’élève est différent avec une fille”, en compagnie “d’individus peut-être plus sensibles et émotifs” nous confie M. Perez. Il est également plus complexe pour un garçon de “changer sa représentation du rugby, de l’affrontement» alors que pour une fille sa façon de jouer sera “à l’image de ce que l’on lui enseigne». Toujours est-il que cette nouveauté est un “enrichissement pour les garçons”, qui sont obligés en jouant avec des filles, d’avoir «davantage de précision et de gestion de l’engagement».Et oui un garçon aussi peut se canaliser!

     Le rugby et la féminité ensemble c’est possible! Selon M. Perez, le rapport à la féminité est “différent pour tous”, et “personnel”. Comme dans tous les sports “d’affrontement” tel que le judo ou la boxe, la féminité est “un peu écorchée, esquintée par ses activités”, cependant ce n’est “aucunement une position sexiste mais davantage une forme d’esthétisme personnel accolé à la féminité”, nous explique M. Perez. Charlotte, nous confie avoir eu des “à priori sur ce sport, avant de travailler avec des filles et avant que le rugby ne se féminise réellement”, elle avait une “image plutôt masculine du rugby». Selon Charlotte, il est “délicat d’avoir un côté féminin au quotidien”, cependant elle affirme que “cela n’empêche pas aux joueuses de rugby de se mettre en robes et de se faire belle en soirée et au restaurant».

                                                                                                                                                      Maywann Lacombe et Jeanne Quaglia

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