Evaluer?

Copies d’élèves, Lycée Louis Barthou, 14/10/2020

Nous mettons d’emblée un point d’interrogation tellement le verbe est chargé de pièges, d’enjeux, d’implicites, de préjugés, et donc de questions …

Nous ne rentrerons pas dans les débats généraux qui ont leurs mérites et leurs vertus, leurs poids institutionnel et social, leurs dimensions politiques et culturelles, voire anthropologiques.

Tout évaluateur se tend un miroir, et juger, c’est se juger. A tous les échelons. Le plus difficile est d’interroger ses propres pratiques, ses biais. L’évaluation, aussi ancienne sans doute que l’école, doit se vivre, paraît-il, comme un « acte administratif ». La temporalité accélérée des échéances, l’émergence assumée du « contrôle continu », le regard accru et comparateur des familles, les enjeux d’orientation, l’algorithme de classement de Parcoursup, les choix de sujets laissés aux établissement, font peser sur les équipes des responsabilités délicates.

Le Lycée a demandé collectivement aux matheux, et aux autres disciplines également bien sûr, de réfléchir [2]. Pour nous, les capacités attendues des programmes (et ses unités balisées), l’équilibre horizontal des compétences mathématiques (avec ses multiples registres), l’équilibre vertical des difficultés (en s’inspirant de taxonomies existantes) sont des boussoles. Un rythme collectif, des durées, des fréquences, des évaluations formatives, et un peu de liberté laissée à chacun aussi, heureusement [1].

Si l’ensemble des évaluations (modulo les fluctuations liées aux établissements d’origine et aux enseignants rencontrés) auquel est soumis un élève permet à l’enseignement supérieur d’opérer un tri, il ne semble pas qu’il y ait de grande nouveauté à éprouver.

Une note prise isolément ne signifie rien, mais le portrait scolaire que dessine un livret scolaire de lycéen sur l’ensemble de son parcours se lit aisément, et ce malgré les sévérités ou bienveillances supposées des uns et des autres.

En revanche, l’évaluation, comme acte didactique, comme reflet de la formation et des apprentissages, comme contrat clair passé avec les élèves de ce qui est attendu d’eux, de l’essentiel à travailler, à digérer, est bien sûr un enjeu crucial. Et puis ce constat renouvelé de Sisyphe: que faire avec ceux mis en échec… Car si l’évaluation permet d’identifier les élèves dits « en difficulté », qu’est-ce que le système scolaire dans son ensemble met en place pour ceux d’entre eux qui traversent comme des comètes un ciel vide? Question plus vaste et autrement plus épineuse que celle du diagnostic: celle du traitement.

Comme nous le pratiquons dans notre ample équipe, après les réunions d’ensemble, des connexions d’affinités, de niveau de classes ont pu voir le jour.

C’est dans le concret d’un partage de devoirs, d’échanges autour d’exercices proposés que les questions naissent: quel équilibre, quelle structure, quelles modalités ou typologie d’exercices, quelles pierres angulaires? Et de fil en aiguille, bien sûr et très vite, s’ouvrent les réflexions sur ce qui a été fait en classe.

Dis-moi comment tu évalues, je te dirai comment tu enseignes…

Partant d’une même base, on repère alors des styles, des priorités, des exigences. « Diversité locale et stabilité globale » avait énoncé Charles Torossian dans une réunion académique des laboratoires à propos des activités des uns et des autres. Cela peut s’en doute s’étendre.

Notes:

  • Réflexions autour de l’évaluation en Mathématiques (écrite et sommative) [1]
  • L’évaluation en question (Conseil pédagogique du Lycée Louis Barthou 2019-2020) [2]
  • Taxonomie de Bloom [3]
  • La « fabrication » de l’excellence scolaire [4]

 

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