Mar 19

30 livres pour mieux comprendre notre actualité par France Culture

source : France Culture

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affiche 2 – 30 livres

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France Culture a cherché dans ses plaisirs de lecture quels étaient les romans qui pouvaient le mieux décrire et décrypter peut-être notre présent troublé… Qu’il y ait différentes manières de s’armer pour mieux comprendre les temps troublés et insaisissables dans lequel nous vivons, personne n’en doute. L’information vérifiée et équilibrée en est une, essentielle ; les enseignements des disciplines de la connaissance, une au   tre ; ceux de l’expérience, une autre encore. Il est aussi un registre puissant qui donne des clés de lecture du monde, différentes et, à nos yeux, irremplaçables : il provient des œuvres de l’imagination, de la littérature.
Voilà donc une sélection de 30 livres à lire, établie par Sylvain Bourmeau (SB), Caroline Broué (CB), Hervé Gardette (HG), Matthieu Garrigou-Lagrange (MGL), Tewfik Hakem (TH), Perrine Kervran (PK), Emmanuel Laurentin (EL)et Sandrine Treiner (ST), parue dans Papiers n°28, la revue de France Culture, le jeudi 14 mars.

Les ouvrages dont le titre est en rouge sont disponibles au CDI. Cliquez dessus pour accéder à la cote du livre.

La Fin de l’homme rouge de Svetlana Alexievitch (trad. Sophie Benech, Actes Sud, 2013)
Un récit polyphonique qui fait résonner les voix de centaines de témoins pour sonder le cœur et l’âme de l’Homo sovieticus, et ce qu’il en reste. Un formidable récit qui permet de comprendre la Russie d’aujourd’hui à l’aune de ce que fut la vie quotidienne en URSS. CB

Le Garçon qui voulait dormir de Aharon Appelfeld (trad. Valérie Zenatti, L’Olivier, 2010)
Comment l’identité israélienne a été bouleversée par l’arrivée des déportés rescapés de la Shoah. L’auteur a senti le mépris et le rejet se développer contre eux. Et puis il raconte aussi comment, adolescent, une nouvelle langue lui a sauvé la vie. PK

La Servante écarlate de Margaret Atwood (trad. Sylviane Rué, Robert Laffont, 1985)
Avant d’être une série à succès, The Handmade’s Tale est une dystopie qui montre un monde où la religion domine la politique, où le taux de natalité est très bas à cause de la pollution et des déchets toxiques de l’atmosphère et où les femmes sont dévalori­sées jusqu’à l’asservissement. Terrifiant. CB

Disgrâce de J. M. Coetzee (trad. Catherine Lauga du Plessis, Le Seuil, 1999)
La violence, la colère et l’inégalité… Voilà ce que l’apartheid a enraciné en Afrique du Sud. J. M. Coetzee dit la cohabitation interraciale impossible et l’usage de la violence sexuelle pour reprendre le territoire perdu. C’est aussi la voix d’un père vieillissant qui se veut encore vert et qui ne comprend pas les choix de sa fille. PK

Les Noms de Don DeLillo (trad. Marianne Véron, Actes Sud, 1982)
Texte écrit à la fin des années 1970, après un long séjour en Grèce et comme en écho à la violence politique du si Proche-Orient, ce roman fut peut-être le premier à prendre acte de l’ère du terrorisme qui s’ouvrait et à inventer une langue pour le dire. SB

Vernon Subutex de Virginie Despentes (Grasset, 2015-2017)
La trilogie Subutex sonne juste à chaque page. Non parce que Despentes aurait, mieux qu’une autre, compris notre présent — celui-là ne fait que passer —, mais parce qu’elle saisit notre humanité dans ce XXIe siècle assez dystopique. Son personnage éponyme n’est pas l’idéal-type de l’amateur de musique parisien. Il est plus que cela : un personnage universel, mollement lancé aux trousses d’un bonheur en fuite. C’est en cela qu’il nous parle. MGL

Un bébé d’or pur de Margaret Drabble (trad. Christine Laferrière, Christian Bourgois, 2013)
L’auteure sait raconter, comme personne, la vie domestique et ses effets sur les destins féminins. Elle dit comment la maternité peut être un sacrifice et une solitude autant qu’un bonheur, particulièrement si l’on élève seule un enfant handicapé. Elle sait aussi rendre les destinées d’un groupe d’intellectuels et ce à quoi ils ont dû renoncer entre 1950 et aujourd’hui. PK

L’Invention des corps de Pierre Ducrozet (Actes Sud, 2017)
De cavale en cavale, du Mexique à la Silicon Valley, puis de Paris à Hong Kong, ce road book haletant questionne la notion de progrès scientifique à l’heure de l’idéologie transhumaniste. Mêlant réalité et fiction, ce captivant roman intègre dans sa forme les écritures et les possibilités de lecture que permet Internet. TH

Dites-leur que je suis un homme de Ernest J. Gaines (trad. Michèle Herpe-Voslinky, Liana Levi, 1993)
Un grand roman de la dignité humaine ! Un jeune Noir, Jefferson, est accusé à tort d’avoir assassiné un commerçant blanc dans la Louisiane des années 1940. À son procès, il est défendu par un avocat qui le compare à un animal sans cervelle, un porc. Condamné à mort, aidé par sa marraine et un instituteur, il se prépare à mourir en affirmant qu’il est bien un homme. EL

Day de Kenneth Goldsmith (Figures, 2003, non traduit en français)Un jour de septembre 2000, un poète se lance dans la recopie intégrale de l’édition du jour du New York Times. Cela donne Day, premier chef d’œuvre d’écriture uncreative. Ou comment la littérature rattrape enfin l’art contemporain. SB

Rêves de machines de Louisa Hall (trad. Hélène Papot, Gallimard, 2015)
Autour de cinq récits entre 1663 et 2035, l’histoire de quelques êtres humains qui rêvent de créer une vie artificielle pour combler leur solitude. Un futur classique sur les rapports entre l’homme et la machine au temps de l’intelligence artificielle. CB

La Moisson rouge de Dashiell Hammett (trad. P.-J. Herr, Gallimard, 1929)
Dans une époque de complotisme aigu, il fait bon (re)lire l’un des premiers romans noirs de l’histoire : dès 1929, La Moisson rouge offrait via une économie narrative dépouillée le spectacle désolé et désolant d’une ville corrompue mise à feu et à sang par des gangs concurrents. SB

Être sans destin de Imre Kertész (trad. Charles Zaremba et Natalia Zaremba-Huzsvai, Actes Sud, 1975)
Kertész nous oblige à envisager la Shoah au moment où les déportés ne pouvaient percevoir leur sort futur. Comment imaginer Auschwitz quand, juif hongrois de quinze ans, on pense avec les idées du monde d’avant ? Comment, après avoir survécu, accepter de revenir dans une société qui ne veut pas comprendre l’ampleur de la catastrophe ? EL

Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce (Les Solitaires Intempestifs, 1990)
Avec une langue incroyable, Lagarce, dans cette pièce de théâtre, rend universel le parcours singulier de toute une génération de jeunes hommes fauchés par le sida. Comment peut-on annoncer sa mort précoce à des proches qu’on a dû quitter pour vivre comme on le voulait ? PK

Le Carnet d’or de Doris Lessing (trad. Marianne Véron, Albin-Michel, Livre de Poche, 1962)
L’amour, l’amitié, l’engagement, la politique, les rapports de classe, de sexe comme de race… Le Carnet d’or à travers la plume tantôt ironique, tantôt désillusionnée de la narratrice, Anna Wulf, est un roman total : le roman d’une vie et d’une femme qui ne veut rien céder, ni de sa liberté, ni de son désir d’aimer et d’être aimée, ni de son rôle de citoyenne dans un monde éminemment perfectible, ni de sa vocation d’écrivaine. L’émancipation a un prix, mais Doris Lessing en restitue toute la valeur — irrésistible et universelle. ST

L’Homme de Kiev de Bernard Malamud, (trad. Gérard et Solange de Lallène, Rivages, 1966)
Kiev, 1911. Yakov Bok, Juif ukrainien athée, a quitté son shtetl pour tenter sa chance dans la grande ville. Arrêté, il est accusé d’un crime rituel : avoir assassiné un enfant chrétien. Jeté en prison, il attend un éventuel procès, qui tarde. Refusant de concéder le moindre aveu comme de dénoncer d’autres Juifs, il affronte une descente aux enfers. Ou comment un vrai complot — politique — s’incarne dans la dénonciation d’un complot imaginaire. Adapté d’une histoire vraie, un roman d’un humanisme rare. ST

Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye (Gallimard, 2009)
Triptyque composé comme une partition, entre trois femmes en mouvement, d’Afrique en Europe et l’inverse. Ce roman, prix Goncourt 2009, croise les thèmes contemporains chers à l’auteure : la famille, les dominations de classe, de genre et de « race ». SB

La Route de Cormac McCarthy (trad. François Hirsch, L’Olivier, 2006)
Dix ans après sa sortie en France, l’œuvre majeure pour laquelle McCarthy a obtenu le prix Pulitzer continue à nous hanter. Pour sa charge métaphorique — la fin des civilisations —, pour son écriture sèche et magistrale, il faut lire cette odyssée d’un homme et de son fils errant dans une Amérique ravagée après un cataclysme. TH

Défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message (Le Seuil, 2016)
Et si nous n’étions plus les maîtres du monde ? Si une civilisation extérieure nous avait domestiqués — pour les plus chanceux —, réduits à l’état de viande pour les autres ? Vincent Message nous pousse à adopter le point de vue des animaux… et c’est perturbant. HG

Faux départ de Marion Messina (Le Dilettante, 2017)
Aurélie est une « petite fille de Français moyens ». Pour elle, l’ascenseur social passe par les études et la « montée » à la capitale. Mais à quoi bon avoir Bac + 4 si c’est pour se retrouver à livrer des pizzas ? Le roman du déclassement et de la fracture sociale… HG

Black album de Hanif Kureishi (trad. Géraldine d’Amico, Christian Bourgois et 10-18, 1995)
Un roman de la double appartenance, britannique et pakistanaise. Après Les Versets sataniques, qui jouent d’ailleurs un rôle dans l’intrigue, Kureishi met en scène la tension entre société libérale et intégrisme musulman. EL

Écrire pour sauver une vie -Le dossier Louis Till de John Edgar Wideman (trad. Catherine Richard-Mas, Gallimard, 2016)
1954. Un gamin noir est massacré par le Ku-Klux-Klan pour avoir, dit-on, sifflé une femme blanche. L’assassinat, d’une rare sauvagerie, va enflammer la lutte pour les droits civiques. L’écrivain, auteur d’une trilogie sur son quartier originel de Homewood, ghetto noir de Pittsburgh, revient sur cette affaire judiciaire. Et se demande notamment si les crimes d’hier pourraient se produire de nouveau. Une partie de la réponse est dans la question. ST 

Pastorale américaine de Philip Roth (trad. Josée Kamoun, Gallimard, 1997)
Tout réussit à Seymour Levov, un Américain modèle. Son monde s’écroule le jour où sa fille s’engage dans la lutte politique armée. Qu’a-t-il raté dans son éducation ? Doit-il renoncer à l’aimer ? A déconseiller aux parents anxieux pour l’avenir de leurs enfants… HG

L’Évangile du bourreau de Arkadi et Gueorgui Vaïner (trad. Pierre Léon, Gallimard, 1990)
Comment décrire la cruauté de la répression stalinienne ? Dans ce roman écrit clandestinement dans les années 1970, le narrateur Pavel Egorovitch Khvatkine est confronté à son passé de proche de Staline. Brumeux, empêtré dans les vapeurs de vodka, ce livre ne sauve rien de l’absurdité du système soviétique. EL

Trame d’enfance de Christa Wolf (trad. Ghislain Riccardi, Stock, 1976)
Christa Wolf raconte une enfance sous le nazisme et ose explorer la fascination qu’elle a pu éprouver alors. Elle dit aussi le temps qui passe et qui permet, grâce à la force évocatrice des lieux de l’enfance, d’être enfin foudroyé par ce que l’on n’a pas voulu voir à l’époque. PK

Une Odyssée – Un père, un fils, une épopée de Daniel Mendelsohn (trad. Clotilde Meyer et Isabelle Taudière, Flammarion, 2017)
C’est un livre sur un père et un fils, Ulysse et Télémaque ; un livre sur un autre père et un autre fils, Jay et Daniel Mendelsohn. C’est un livre sur le voyage, la traversée, l’exil, et par-delà les sujets, une méditation sur l’expérience personnelle et l’universel. Mendelsohn lit Homère et, par la grâce de l’écriture, de l’intelligence et de la connaissance, fait vibrer en nous les émotions les plus intimes. ST

Le Ventre de Paris de Émile Zola (1873)
Le ventre et comment le remplir, sujet éternel de l’humanité. Celui de Paris, aux Halles, avant qu’on y vende surtout des vêtements, était plein de victuailles colorées car, pour Zola, l’économie s’incarnait dans des bouquets rouges de carottes et des verdures de pois ou de choux. Rien d’abstrait dans ce beau roman qui montre l’affrontement entre ceux qui ont (les gras) et ceux qui n’ont pas (les maigres). Mais les gras ne sont pas tous de gros chats accapareurs, Zola pratique la nuance. MGL

La Fuite de Monsieur Monde de Georges Simenon (1945, Livre de Poche)
Pourquoi ce Simenon plutôt qu’un autre ? Parce que son titre et son propos résument (presque) tous les autres. Chez Simenon, les vies sont souvent petites et médiocres, la solitude immense, l’envie de fuir envahissante. Absolument indémodable. HG

L’Arbre-monde de Richard Powers (trad. Serge Chauvin, Le Cherche-Midi, 2018)
Réconcilier l’homme et la nature : telle est la tâche que le grand romancier américain s’est confiée avec ce roman fleuve à la structure arborescente complexe qui suit le destin de neuf personnages mus par la cause environnementale. Un roman qui change notre regard sur les arbres. CB

Douleur de Zeruya Shalev (trad. Laurence Sendrowicz, Gallimard, 2015)
Douleur raconte quelques semaines dans la vie d’une femme dont l’existence vacille, rattrapée par un passé qu’elle croyait avoir laissé derrière : le traumatisme d’un attentat et la réapparition dans sa vie d’un grand amour de jeunesse. CB 

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